C’était un vendredi soir de décembre, quelques jours avant Noël. Il bruinait, je sortais épuisée de plusieurs réunions, mais j’avais aperçu une annonce « Remise des prix de l’Académie des sciences, lettres et arts de Marseille » au Palais du Pharo.

Le Bus 54 passe, il s'arrète au feu rouge, je tape à la vitre, le chauffeur m’ouvre; souvent sympas les chauffeurs à Marseille, jamais ça à Paris:"attendez le suivant ma ptite dame", il faut dire que le suivant à Marseille, cela peut être long, on ne peut pas tout avoir. Je m’écroule sur un siège au fond du bus.

Corderie, Saint Victor. Tellement fatiguée, je pense à descendre du bus et à prendre celui qui arrive en sens inverse, … je continue, comme poussée par quelque chose…

Arrêt « Place du 4 septembre » je remonte l’avenue Pasteur à grandes enjambées, chargée de tous les dossiers de la journée, puis l’allée du Pharo, humide, sombre.

J’entrouvre la porte en bois, elle grince, je ressens la chaleur de cet édifice impérial, l’espace la lumière un peu jaune.

« - pour l’Académie ? à gauche eu » ave l’accent.

Salle comble, mais quelques places en bord d’allée, je m’assoie discrètement, avec tous mes paquets, j’évite de faire crisser le parquet, bouger la chaise, …  , je reprends doucement mon souffle, j’écoute sagement.

De beaux projets primés, artistiques, scientifiques, littéraires. Un livre, présenté par Gérard Detaille, m’interpelle, « Les vagues vives » ‘d Elisabeth Pujol. Elle dit quelques mots de son ouvrage.

La séance se termine. C’est l’heure des salutations. Gérard vient vers moi et appelle Elisabeth : je sais que vous avez des choses à vous dire…

Toujours intimidant de commencer une conversation. Nous ne nous connaissons pas. J’ai peur aussi du énième livre qui parle de l’exil, etc...

Elisabeth me dit que le livre sera vendu lors d’une dédicace chez Maupetit dimanche 20. J’ai des courses à faire, quelques jours avant Noël, je ne promets rien. 

Dimanche, j’y vais.

J’ai commencé doucement à lire l’ouvrage, par petit bout, dans le tram : une peinture familiale  de personnages nés dans l’empire ottoman à la fin du 19° qui vont  du Bosphore  à Alexandrie, d'Egypte en Roumanie, puis en France. Sol et Léon caressent le souhait de contribuer au rayonnement de la Langue Française. La France, pays de la culture, de la tolérance et des Droits de l’Homme. L’histoire repose sur le témoignage d’une dame qui à 85 ans ouvre la boite des souvenirs enfouis de sa famille. L’ouvrage est justement documenté, la typologie des personnages très réaliste, les faits historiques précis.

La deuxième partie lue d’une traite un jour de maladie est plus tragique, très émouvante, réaliste, elle finit en 1945, après la guerre, à Marseille.

Merci à la La petite édition, un éditeur local de Marseille de publier des ouvrages de petits tirages mais indispensables. Vous le trouverez chez les meilleurs libraires marseillais : L'odeur du temps, l'Attrape Mots, Maupetit Canebière ou Mucem.

C’est le  3ème ouvrage d’Elisabeth Pujol après « Un effet de soleil » et « Passage à gué ».

Si vous êtes sensible à la Méditerranée, à la mer, à l'histoire de vies singulières, à une écriture sensible, courrez les acheter.

vagues blog

Petite anecdote, je retrouve ce petit croquis fait rapidement sur un vieux bout de papier sur la plage des Lecques. Saisissant. Les couleurs étaient identiques, ce même bleu que le mistral donne à la Méditerranée.